Basée à Noyal-sur-Vilaine (35), Synetics développe son activité de génétique bovine à l’international grâce à ses filiales et à son réseau de distributeurs. Romain Ouled, chargé du développement commercial export, explique comment la coopérative conjugue consolidation de ses marchés européens et ouverture à de nouvelles destinations, en s’appuyant sur des partenaires locaux et une préparation rigoureuse.
Pouvez-vous présenter Synetics, son activité et votre rôle au sein de l’entreprise ?
Synetics est une coopérative spécialisée dans la génétique bovine, avec une activité complémentaire, plus réduite, en génétique caprine. L’entreprise est née de la fusion de deux coopératives, Innoval et Masterrind, respectivement implantées sur les marchés français et allemand. Notre rôle est de valoriser le travail des éleveurs de ces deux pays à travers la diffusion de leur génétique.
Notre activité repose sur l’insémination artificielle. Nous n’exportons pas d’animaux vivants, mais des doses de semence bovine, appelées paillettes, destinées à accompagner la reproduction et l’amélioration génétique des troupeaux à l’international.
Synetics emploie environ 120 personnes en France et en Allemagne, dont une vingtaine au sein de l’équipe export. Nous sommes six à nous partager les grandes régions du monde, avec l’appui de collaborateurs chargés des fonctions administratives, réglementaires, logistiques et promotionnelles.
Quelle est la présence de Synetics à l’international ?
Nous disposons de trois filiales au Royaume-Uni, au Brésil et en Turquie. Nous nous appuyons également sur un réseau de distributeurs locaux présent dans 80 pays.
Dans le reste du monde, nous nous appuyons principalement sur des distributeurs locaux, sans vendre directement aux éleveurs.
Ces partenaires sont souvent des vétérinaires ou des entreprises intervenant en amont de l’élevage. Ils commercialisent généralement de la génétique, mais aussi du matériel de traite, de l’alimentation animale ou d’autres solutions destinées aux exploitations. Les distributeurs exclusivement spécialisés dans la génétique sont rares. Leur connaissance du marché, des pratiques d’élevage et des réseaux locaux est essentielle pour atteindre les éleveurs et assurer un suivi de proximité.
Comment votre stratégie internationale a-t-elle évolué et quelles sont vos priorités pour les prochaines années ?
Le marché mondial de l’insémination artificielle et de la génétique bovine compte une dizaine d’acteurs majeurs. Dans ce secteur relativement concentré, la réputation de la génétique française et allemande, ainsi que la qualité de nos réseaux d’élevage, incitent les partenaires à nous contacter directement.
Notre stratégie s’est construite autour d’une priorité : consolider notre présence en Europe. Les marchés européens sont proches, mieux connus et régis par des règles relativement harmonisées. Ils offrent une stabilité importante, même si la concurrence y est forte.
En parallèle, nous restons ouverts aux opportunités hors Europe, en nous appuyant sur nos filiales et nos distributeurs. Nous ne cherchons pas à multiplier les partenaires sur un même marché : lorsqu’un distributeur travaille bien, nous privilégions le renforcement de la relation plutôt que la création de nouveaux canaux concurrents. Cette fidélité s’inscrit dans notre modèle coopératif.
À moyen terme, nous souhaitons poursuivre cette consolidation tout en restant attentifs à de nouvelles destinations. Nous observons notamment la Chine et l’Asie du Sud-Est, qui présentent des perspectives intéressantes pour l’élevage, avec des besoins importants, des compétences et une volonté de développement. Ces marchés nécessitent toutefois une préparation approfondie sur les plans juridique, réglementaire et partenarial.
Notre ambition reste de développer des débouchés durables. En tant que coopérative, nous devons aussi garantir de la stabilité à nos éleveurs et à nos organisations.
Pour s’implanter durablement, il faut d’abord bâtir la confiance.
Sur quels critères choisissez-vous vos marchés prioritaires et comment préparez-vous leur développement ?
Il existe un besoin de génétique partout où l’élevage bovin est présent, que ce soit pour assurer la reproduction ou améliorer les troupeaux. Mais cette demande ne suffit pas à garantir la réussite d’un projet : il faut vérifier que le marché est accessible et que nous disposons du bon partenaire pour le développer.
La première étape consiste donc à identifier un interlocuteur fiable, compétent et bien implanté localement. Le distributeur doit pouvoir accéder aux éleveurs, assurer le suivi des produits et maîtriser les démarches d’importation. Sur un marché nouveau ou complexe, sa capacité à mobiliser les bons interlocuteurs est déterminante.
Nous évaluons ensuite trois critères essentiels : les conditions douanières, les exigences sanitaires et la solidité financière du partenaire. Avant d’engager des discussions approfondies, nous vérifions que nos produits peuvent entrer dans le pays, que nos taureaux répondent aux critères vétérinaires locaux et que les conditions de paiement sont sécurisées.
Cette préparation comprend également l’analyse des licences d’importation, des documents requis et de la faisabilité logistique. Les contraintes sanitaires demandent une attention particulière : les règles européennes ne sont pas nécessairement reconnues partout. Les États-Unis, le Brésil ou d’autres pays peuvent imposer leurs propres exigences en matière de maladies ciblées, de contrôles et de certification.
C’est l’ensemble de ces éléments qui nous conduit à engager, ou non, une relation commerciale avec un nouveau distributeur. L’enjeu n’est pas seulement de vendre, mais de pouvoir livrer, être payé et assurer un suivi durable.
Quels événements professionnels privilégiez-vous pour développer vos marchés et renforcer vos relations avec les partenaires locaux ?
Les événements spécialisés dans la filière élevage constituent un levier majeur de développement, notamment hors Europe. Nous les privilégions parce qu’ils réunissent des interlocuteurs directement concernés par notre activité.
Les salons VIV Asia et VIV MEA, auxquels nous participons avec BCI, sont particulièrement pertinents pour nous. Nous sommes également présents sur des événements comme ILDEX au Vietnam, EuroTier en Allemagne, Agroexpo en Colombie, World Dairy Expo à Madison, aux États-Unis, ou encore la Royal Agricultural Winter Fair au Canada.
Nos distributeurs nous invitent aussi régulièrement à participer à des salons ou à des événements locaux. Nous intervenons alors en appui technique et commercial pour présenter nos produits, former les équipes et renforcer les relations. Ces rencontres permettent de mieux comprendre les besoins du marché et de soutenir nos partenaires auprès de leurs clients.
Quelles difficultés rencontrez-vous à l’international et comment parvenez-vous à les surmonter ?
Les principales difficultés concernent les réglementations sanitaires, les licences d’importation, les formalités douanières et l’évolution parfois rapide des règles locales. Lorsqu’un pays protège fortement son marché intérieur ou applique un contrôle strict à l’importation, les démarches peuvent devenir longues et complexes.
Les pratiques varient sensiblement d’un pays à l’autre. En Europe, les échanges sont généralement plus fluides grâce à un cadre réglementaire harmonisé. Dans le grand export, les procédures sont souvent plus administratives et moins prévisibles. Nous rencontrons notamment ce type de difficultés sur certains marchés africains et en Extrême-Orient.
En Égypte, par exemple, une évolution des procédures a imposé le recours à une plateforme en ligne pour les démarches d’importation. Il fallait également faire légaliser les documents français afin que l’expédition soit acceptée. Ce dossier nécessitait de bien articuler les exigences du pays importateur et les formalités à accomplir en France.
Autre exemple, en Turquie, alors que la marchandise était arrivée sur place et que les documents demandés avaient été préparés, les autorités ont exigé une pièce supplémentaire. Il a fallu mobiliser le contact local de notre filiale et lui apporter un soutien direct pour démontrer que les règles connues au départ avaient bien été respectées.
Dans certaines situations, la présence physique reste indispensable. Se déplacer permet de rassurer les interlocuteurs, d’appuyer son partenaire et de résoudre un blocage. Les visioconférences facilitent les échanges, mais elles ne remplacent pas toujours une intervention sur le terrain.
Quel est l’impact du contexte géopolitique sur votre activité internationale ?
Certaines situations affectent directement notre capacité à livrer. L’Iran en est un exemple : nous y travaillons avec des partenaires historiques depuis plus de vingt-cinq ans, sur un marché qui présente un réel potentiel. Pourtant, au moment de cet entretien, les contraintes de transport aérien empêchent nos expéditions. Nos produits sont acheminés par avion et, faute de solution logistique, nous ne pouvons pas répondre à la demande.
La situation est frustrante, car les partenaires sont compétents et le marché est mûr. Nous pouvons réorienter certains volumes vers d’autres destinations, mais nos distributeurs iraniens se retrouvent sans produits à proposer à leurs clients.
Dans ce contexte, il est essentiel de maintenir le lien, même lorsqu’aucune solution immédiate n’est possible. Nos partenaires font preuve d’une grande résilience, et la confiance construite au fil des années reste précieuse pour envisager la reprise des échanges.
Nous continuons par ailleurs à participer à des événements et à entretenir nos relations commerciales en Arabie saoudite, au Qatar et au Koweït.
Quels atouts et opportunités facilitent votre développement sur certains marchés ?
La langue peut être un véritable avantage. En Afrique de l’Ouest et au Maghreb, la francophonie facilite les échanges commerciaux et les relations avec les administrations. Lorsque les textes réglementaires, les démarches et les échanges avec les interlocuteurs locaux se font en français, nous pouvons mieux comprendre les procédures et dialoguer plus facilement.
Cette proximité linguistique et culturelle nous donne également un avantage face à des concurrents non francophones. Elle ne supprime pas les contraintes d’accès au marché, mais elle facilite leur compréhension et leur gestion.
Les événements professionnels offrent aussi des occasions de développer nos réseaux en Afrique. Nous participons notamment à des salons à Abidjan, au SIAM à Meknès et au VIV Africa au Rwanda. Ces rendez-vous permettent de rencontrer des distributeurs et de mieux cerner les besoins locaux.
Comment Bretagne Commerce International vous accompagne-t-elle dans votre développement international ?
BCI nous accompagne notamment sur des salons internationaux comme VIV Asia et VIV MEA. Les opérations sont bien préparées, nos entreprises et nos produits sont valorisés, et les rencontres sont ciblées. Pour une équipe export très opérationnelle, cette organisation clé en main permet de gagner du temps et de se concentrer sur les échanges commerciaux.
Nous avons également bénéficié d’un appui réglementaire, notamment pour le dossier égyptien. BCI nous a aidés à clarifier les démarches à effectuer côté français pour répondre aux exigences du pays importateur.
BCI nous transmet aussi des informations sur les marchés, des opportunités commerciales et des possibilités de rencontre à l’occasion de visites ministérielles ou de délégations étrangères. Je suis surtout mobilisé sur l’opérationnel : lorsque j’ai un besoin précis, je sais que je peux me tourner vers BCI pour obtenir une information, un contact ou un appui ciblé.
Enfin, notre présence depuis trois ans sur la plateforme Suppliers from Bretagne contribue à notre visibilité. Plusieurs demandes nous ont été relayées, dont une opportunité dans la filière caprine en Afghanistan qui a abouti. Nous avions déjà connaissance de cette demande, mais sa transmission par BCI a permis de confirmer la pertinence du contact.
Quels conseils donneriez-vous à une entreprise qui souhaite se lancer ou accélérer à l’export ?
Mon premier conseil serait de ne pas sous-estimer l’Europe. Malgré une forte concurrence, elle reste un marché vaste, relativement stable et plus accessible grâce à l’harmonisation des règles. Il peut être préférable de développer plusieurs marchés européens solides plutôt que de rechercher immédiatement un contrat important dans un pays lointain et complexe.
Le deuxième est de bien s’entourer. Il faut se faire accompagner pour comprendre les contraintes juridiques, réglementaires et douanières, mais aussi pour identifier des partenaires fiables. Une relation commerciale internationale ne se construit pas uniquement autour d’une opportunité : elle repose sur la confiance, la connaissance du terrain et un engagement dans la durée.
Enfin, il faut définir des priorités claires et conserver une organisation robuste. À l’export, on peut facilement perdre du temps et de l’énergie si l’on manque de méthode. Une entreprise en bonne santé financière, bien structurée et soutenue par des partenaires solides dispose de meilleures bases pour construire un développement international durable.