Didier Marec, dirigeant de la société SIB, Saveurs et Innovations Bretonnes (22), raconte comment il a repositionné cette PME bretonne autour de la rôtisserie avec la marque « Le Rôtisseur de Guerlédan » et d’une gamme premium de bacon crispy réunie sous la marque « Crispysaveur ». Il détaille la façon dont il prépare désormais son entreprise à franchir une nouvelle étape, en structurant son offre et son organisation pour aborder sereinement les marchés européens et asiatiques.
Parlez-nous de votre entreprise et de ses principales activités ?
Je dirige la société SIB (Saveurs et innovations Bretonnes) qui une PME installée à Guerlédan, au cœur de la Bretagne, qui a été créé en 1985. J’ai repris l’entreprise en 2012. À l’époque, elle s’appelait Le Saloir de Daoulas et combinait deux activités : la charcuterie traditionnelle et la rôtisserie. J’ai fait le choix d’arrêter la charcuterie traditionnelle pour concentrer notre activité sur la rôtisserie. L’entreprise compte aujourd’hui plus de 50 salariés.
Notre développement s’est appuyé sur la création de nouvelles recettes à base de porc et de volaille. Nous achetons des pièces auprès des abattoirs Français que nous transformons en leur apportant du goût grâce aux épices et aux herbes aromatiques, puis nous les cuisons soit marmite par immersion, soit dans des cellules de cuisson vapeur. La rôtisserie représente aujourd’hui 70% de notre activité.
En parallèle, j’ai créé en 2014, une gamme de bacon crispy qui pèse 30% de notre activité. A partir d’une poitrine de porc de très grande qualité, nous produisons de très fines lamelles individuelles cuites dans un tunnel spécifique. Cette gamme repose sur 4 engagements : une matière première garantie Viande Porcine Française, des ingrédients 100% naturels sans additif chimique, une fumaison aux copeaux de bois hêtre dans un fumoir traditionnel en prise directe et surtout un sur-mesure sur la taille, la cuisson, le conditionnement en frais ou congelé pour chacun de nos clients. C’est sur cette base que nous avons récemment lancé la marque « Crispysaveur ».
Aviez-vous dès le départ l’ambition d’en faire une marque internationale ?
Dès l’origine, il était essentiel pour moi que « Crispysaveur » soit une marque à vocation internationale et facilement identifiable. J’ai conçu ce projet pour développer notre activité de bacon crispy en France, mais aussi à l’export, en ciblant prioritairement la zone Asie‑Pacifique plutôt que l’Europe, déjà très concurrentielle sur le bacon avec des pays producteurs tels que le Royaume Uni, les pays bas, la Pologne, l’Espagne et l’Italie, entre autres.
Vous avez déjà ciblé des zones ?
Je souhaiterai me concentrer d’abord sur la Corée du Sud et le Japon, deux économies au PIB élevé et aux consommateurs exigeants, où la gastronomie et la qualité des produits occupent une place centrale. Ce choix se nourri à la fois de rencontres inspirantes, notamment avec le fondateur de Breizh Café fortement implanté au Japon, et d’un travail de recherche qui m’a confirmé le potentiel de ces marchés. Le Japon, pays d’archipels très peuplé et doté de moyens importants, ne couvre qu’une partie de ses besoins en porc et doit importer le reste, ce qui en fait un marché naturel pour une offre de bacon de qualité. La Corée du Sud, pays jeune et très ouvert aux influences internationales, présente également un environnement favorable pour une gamme comme le bacon crispy.
Nous construisons nos offres en sur‑mesure avec nos clients.
Adapterez-vous votre produit en fonction du pays ?
Je n’arrive jamais à l’international avec un produit français que je chercherais à vendre tel quel. Fort de mes expériences passées, j’ai toujours adapté les produits aux attentes locales : nous partons d’un savoir‑faire de base, mais nous construisons nos offres presque en sur‑mesure avec nos clients. Concrètement, pour le Japon ou la Corée du Sud, nous savons qu’il faudra travailler des profils aromatiques plus épicés, par exemple en privilégiant le piment de Cayenne ou un poivre plus puissant que ceux utilisés classiquement en France ou en Europe. Je vends ainsi le Bacon Crispy comme un ingrédient haut de gamme, destiné à être intégré dans les recettes de nos clients industriels, qui définissent avec nous l’usage précis de notre produit.
Vous explorez également des marchés européens et avez participé au programme « Suppliers from Bretagne – Osez la Belgique » avec BCI. Pouvez-vous nous raconter cette expérience et ce qu’elle vous a apporté ?
Le point de départ remonte à trois ou quatre ans, lors d’une première rencontre avec le chargé d’affaires agroalimentaire de Bretagne Commerce International dans mes bureaux. À l’époque, il était encore trop tôt pour développer le bacon crispy. BCI est revenu vers moi au printemps dernier pour me présenter ce programme, qui incluait notamment la participation au salon TAVOLA, salon de référence en Belgique pour les professionnels des produits gourmets. J’ai alors découvert, au siège de BCI, une équipe très structurée, disponible et bien plus étoffée que je ne l’imaginais.
J’ai particulièrement apprécié la qualité de la préparation en amont. Nous avons été parfaitement briefés sur la Belgique, ses modes de consommation et la nécessité d’adapter nos produits et notre discours, avec ce rappel important que la Belgique n’est pas un « département français ». BCI m’a également sensibilisé à des aspects très concrets, comme l’importance de disposer de supports en néerlandais pour un salon en Flandre.
Outre notre participation en tant qu’exposant, des rendez-vous BtoB étaient organisés avec des acheteurs. Nous y avons rencontré des acteurs variés, des industriels, restaurateurs, hôteliers, ainsi qu’une entreprise française qui ignorait l’existence d’un fabricant de bacon crispy en France. Nous avons obtenu de très bons contacts.
J’étais accompagné par notre directeur d’usine et notre responsable R&D afin d’acculturer l’entreprise à l’international : maîtrise de l’anglais, ouverture aux cultures alimentaires locales, respect des codes business.
Cette première participation, complétée par d’autres salons, y compris à Paris, a confirmé l’intérêt des clients pour notre offre et m’a conforté dans l’idée que Crispysaveur dispose d’un réel potentiel à l’export. Aujourd’hui, je vends déjà du bacon crispy en Belgique et je constate que cette expérience ouvre des perspectives au‑delà de ce marché, ailleurs en Europe.
Quelle est votre vision à moyen terme pour l’export ?
À mes yeux, on ne peut pas aborder de nouveaux marchés seuls. Il est indispensable de s’appuyer sur des réseaux structurés, d’identifier des importateurs de confiance et de prendre le temps de leur expliquer précisément ce que nous pouvons apporter.
Je me donne un horizon de deux ans pour consolider notre démarche grand export : finaliser le renforcement de notre outil industriel, ancrer la marque Crispysaveur, renforcer notre marketing et multiplier les rencontres avec des entreprises déjà tournées vers l’international. Je sais que le facteur temps est déterminant. Entre l’écriture du projet et les premières ventes il y aura forcément un décalage mais je considère cette phase de structuration, menée avec l’appui de réseaux spécialisés, comme une étape clé pour réussir durablement à l’export.
Dans cette démarche, un accompagnement de proximité comme celui de Bretagne Commerce International, avec ses équipes ancrées en Bretagne et son réseau de partenaires à l’étranger, est un levier essentiel pour structurer et sécuriser notre projet.