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Mis à jour le 10/06/2022

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Les économistes de l’OMC ont révisé nettement à la hausse leurs prévisions concernant le commerce international pour 2021 et 2022.

La reprise des échanges mondiaux dépasse en effet les attentes, portée par le dynamisme de l’activité économique mondiale au 1er semestre.

Depuis début 2021, les évolutions restent caractérisées par de fortes disparités géographiques et des divergences entre biens et services.

 

Infographies :

Evolutions des échanges mensuels mondiaux de marchandises et de services entre 2018 et 2021

Estimation des échanges de marchandises du Top 30 des exportateurs et importateurs mondiaux sur les 9 premiers mois de 2021, 2020 et 2019 (en Mds$), et leurs évolutions en 2021 vs 2020 (en %)

Les échanges de biens tirent la reprise

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) observe que les échanges de marchandises ont dépassé leur pic d’avant la pandémie. Leur croissance trimestrielle en glissement annuel montre ainsi une hausse de + 22 % au 2e trimestre 2021, reflet de l’effondrement observé en 2020 à la même période. Ce niveau de rebond devrait toutefois évoluer vers un ralentissement à + 10,9 % au 3e trimestre puis + 6,6 % au 4e trimestre, pondéré par le redressement affiché un an auparavant.

Au global, l’organisation estime que le volume du commerce mondial de marchandises devrait croître de + 10,8 % en 2021, revoyant à la hausse ses prévisions de + 8 % annoncées en mars. Cette croissance devrait ensuite ralentir à + 4,7 % en 2022 (contre + 4 % annoncé en mars). Soutenu par le dynamisme du commerce international, le PIB mondial pourrait de son côté augmenter de + 5,3 % en 2021 puis + 4,1 % en 2022.

Des projections liées aux vaccins (entre autres)

Ce sont autant de prévisions alignées sur le scénario le plus optimiste dressé par l’OMC en mars 2021 mais elles demeurent conditionnées par l’accélération de la production et de la diffusion des vaccins à travers le monde.

Le risque de revenir à des perspectives moins favorables persiste néanmoins en raison des tensions observées sur la supply chain mondiale d’une part, et surtout de la résurgence de la Covid-19 sous la forme de nouveaux variants d’autre part.

Le commerce international est perçu comme un instrument qui a activement soutenu la lutte contre la pandémie au niveau mondial. Toutefois, l’accès inégal aux vaccins aggrave les divergences observées dans la reprise de l’activité économique selon les régions, en fonction de leur niveau de développement, plaçant désormais les politiques de vaccination comme un nouvel axe critique des politiques économiques et commerciales nationales.

Seuls ~ 2 % de la population des pays à faible revenu ont ainsi reçu au moins une dose du vaccin contre la Covid-19, limitant leur capacité de reprise en plus de leurs marges de manœuvre budgétaires plus limitées pour soutenir leurs entreprises et les ménages.

Tandis que l’OMC réserve ses conclusions concernant l’impact de la pandémie et des restrictions sanitaires sur la structure fondamentale des liens entre le commerce international et les revenus mondiaux à plus long terme, ses analystes soulignent qu’il reste difficile d’évaluer l’importance d’autres risques sur la stabilité des échanges pour les mois à venir.

C’est en particulier le cas pour les pics inflationnistes, qui pourraient amener des resserrements prématurés des politiques monétaires de la part des banques centrales et pénaliser la reprise s’ils viennent à perdurer.

C’est également le cas pour certaines conséquences de la reprise “inattendue” des importations mondiales, telles les augmentations spectaculaires observées dans les délais portuaires et les tarifs du transport maritime international, ou encore les pénuries causées dans certains secteurs, en premier lieu les semi‑conducteurs, avec un rallongement des délais de livraison pour corollaire. Au 3e trimestre, divers indices établis par l’OMC laissent toutefois présager une relative accalmie sur ces différents points.

Des évolutions sectorielles contrastées

Si les échanges mondiaux de marchandises ont regagné en vigueur, leur répartition sectorielle n’en affiche pas moins des évolutions significatives par comparaison avec 2019, avec une progression notable des textiles (y compris les masques), des métaux précieux et de la joaillerie, des équipements électriques et électroniques ou des produits agricoles et agroalimentaires.

D’autres secteurs ont à l’inverse stagné, tels les minéraux et produits chimiques, les équipements industriels, les métaux, l’habillement et les hydrocarbures, ou régressé comme l’automobile et l’aéronautique, dont la production reste perturbée.

En parallèle, le commerce des services a affiché un solide rebond, soit + 26 % en glissement annuel au 2e trimestre 2021, mais il reste très impacté par la chute du secteur des voyages. Tandis que les autres catégories (transports, services financiers, services aux entreprises) reprennent plutôt à la hausse par rapport à l’an passé, la valeur de base de 2020 reste très basse et l’OMC n’attend pas de réelle inversion de tendance pour les services commerciaux, leurs progressions restant plus faibles que leurs niveaux d’avant-crise.

 

Evolutions des échanges mensuels mondiaux de marchandises et de services entre 2018 et 2021

L'Asie, source majeure de croissance d'ici 2022

Malgré les progressions observées de manière globale dans les échanges, l’OMC pointe que les disparités géographiques devraient rester importantes cette année et à l’horizon 2022. Propulsée par la Chine, la dynamique asiatique est des plus remarquables, avec des importations qui pourraient croître en volume de + 9,4 % en 2021 par rapport à 2019, puis à nouveau de + 14,2 % en 2022 par rapport à 2019 pour peu qu’elles poursuivent au même rythme !

Les exportations en provenance d’Asie seraient tout aussi énergiques, affichant des progressions anticipées à + 14,7 % en 2021 puis + 18,8 % en 2022 par rapport à 2019, soit des niveaux bien supérieurs à la reprise des échanges anticipée pour les autres régions.

En Amérique du Nord, l’OMC prévoit que les exportations pourraient n’augmenter “que” de + 11,9 % en 2021 par rapport à 2020, entraînant une légère baisse par rapport à 2019 (‑ 0,6 %), tandis que les importations devraient se montrer plus vigoureuses, avec une hausse de + 8,7 % et + 5,7 % par rapport à 2020 et 2019 respectivement.

En Amérique latine, où les grandes puissances tardent à reprendre après avoir traversé des récessions, la croissance des exportations en volume s’établirait à + 2,2 % par rapport à 2019 et + 7,2 % par rapport à 2020, les importations affichant un degré de reprise plus marqué, soit + 8,1 % par rapport à 2019 et + 19,9 % par rapport à 2020.

En Europe, l’OMC anticipe que les exportations et les importations devraient respectivement croître de + 9,7 % et + 9,1 % par rapport à 2020, mais de seulement + 1 % et + 0,8 % par rapport à 2019, reflet des ralentissements nets observés dans cette zone l’an passé.

Enfin, la reprise d’autres pays moins avancés devrait être plus lente, notamment en raison de la fragilité de nombre d’entre eux face aux fluctuations des marchés pétroliers à l’export.

Le Moyen‑Orient, la Communauté des États indépendants et l’Afrique risquent notamment d’afficher des rebonds plus faibles tant dans leurs exportations, respectivement attendues à + 5 %, + 0,6 % et + 7 % par rapport à 2020 (soit ‑ 7,2 %, – 1 % et ‑ 2,4 % par rapport à 2019), tandis que les importations seraient un peu plus en croissance, soit + 9,3 %, + 13,1 % et + 11,3 % (contre ‑ 5,9 %, + 7,5 % et ‑ 1 % par rapport à 2019).

 

Estimation des échanges de marchandises du Top 30 des exportateurs et importateurs mondiaux sur les 9 premiers mois de 2021, 2020 et 2019 (en Mds$), et leurs évolutions en 2021 vs 2020 (en %)

 

*En l’absence de données à jour sur le commerce extérieur des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite, ces pays sont “exclus” du Top 30 présenté ci-dessus.