Mis à jour le 23/09/2025
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Le nationalisme alimentaire en recrudescence
Les tendances qui se dessinent sont préoccupantes pour la sécurité alimentaire mondiale : tandis que les impacts du changement climatique s’accentuent, on assiste à une recrudescence du nationalisme alimentaire avec une démultiplication des interdictions d’exporter des denrées alimentaires pour freiner l’inflation au niveau national. Cette réorganisation de la structure du commerce international confronte les nations qui dépendent des importations alimentaires à des pénuries croissantes, avec des effets encore plus marqués pour les pays les plus pauvres au sein de zones qui connaissaient déjà une insécurité alimentaire importante.
Les restrictions sur l’export de denrées alimentaires ont des répercussions désastreuses et involontaires sur les populations vulnérables des pays importateurs de ces denrées, augmentant les coûts et exacerbant des inquiétudes déjà amplifiées par la pandémie et le conflit en Ukraine.
Depuis l’invasion russe, l’Inde a par exemple interdit les exportations de sucre et restreint celles de blé et de certains riz, autant de ressources dont elle est l’un des plus gros exportateurs mondiaux, affectant des millions de personnes par ces restrictions.
L’Iran a ainsi perdu brutalement l’accès à 83% de ses importations de sucre tandis que le gouvernement iranien a lui-même interdit les exportations de tomates, de pommes de terre, d’aubergines et d’oignons, affectant ainsi l’accès à la nourriture pour d’autres pays.
De telles restrictions touchent également :
- l’Argentine (viande, soja),
- la Russie (blé)
- ou encore la Turquie (riz).
Début novembre, la Banque mondiale décomptait 20 pays ayant mis en place 24 interdictions d’exportation de produits alimentaires et 8 ayant mis en place 12 mesures de limitation.
De plus en plus interconnecté, l’approvisionnement alimentaire mondial voit ses complexités mises à nu par ces restrictions commerciales, et c’est sans compter les perturbations induites par les effets du changement climatique, rendues tangibles cet été avec un fort impact sur l’opinion publique mondiale.
Comme en témoignent les inondations qui ont endommagé les cultures de riz au Pakistan, 4e exportateur mondial, le changement climatique est un risque réel pour les exportateurs et importateurs de denrées alimentaires.
Les accords internationaux et les industries vont devoir s’adapter tandis que la résilience à long terme du système alimentaire mondial devient l’un des nouveaux sujets prioritaires des sommets internationaux.
En parallèle, de nouvelles coalitions voient le jour au sein des entreprises privées et des grandes ONGs afin d’influer sur les futures orientations agricoles mondialisées.
Un contexte d'insécurité de plus en plus aiguë
Dans leur dernier rapport annuel State of Food Security and Nutrition in the World, la FAO, l’UNICEF, l’OMC, le FIDA et le Programme alimentaire mondial ont jugé nécessaire de dissiper tout doute selon lequel le monde recule dans ses efforts pour mettre fin à la faim, à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition.
À seulement 8 ans de l’échéance 2030, la distance à parcourir pour atteindre bon nombre des cibles fixées par l’Objectif de développement durable n°2 défini par l’ONU s’accroît malgré les efforts déployés pour progresser. Ces efforts s’avèrent insuffisants face à un contexte difficile et incertain, rythmé par des conflits, des extrêmes climatiques et des chocs économiques combinés au coût croissant des aliments et à l’accroissement des inégalités.
En parallèle, la récession rend encore plus difficile l’augmentation des budgets gouvernementaux qui pourraient être dédiés à la transformation des systèmes agroalimentaires. Les organisations estiment que le nombre de personnes qui connaissent une insécurité alimentaire aiguë et auront besoin d’une aide d’urgence devrait atteindre 222 millions de personnes dans 53 pays et territoires.
Le FMI estime de son côté que 5 à 7 Mds$ de dépenses supplémentaires seraient nécessaires dans 48 pays pour aider les ménages vulnérables les plus touchés par la hausse des prix des importations de denrées alimentaires et d’engrais. Un montant supplémentaire de 50 Mds$ serait nécessaire pour mettre fin à l’insécurité alimentaire aiguë.
La Banque mondiale pointe pour sa part à quel point l’inflation des prix alimentaires reste élevée dans le monde malgré la baisse observée après un pic en avril, et ce, que l’on considère les pays à faible revenu, à revenu intermédiaire ou à revenu élevé.
Après une augmentation de +18% en 2022, l’indice des prix alimentaires de la Banque mondiale devrait baisser de -6% en 2023 et se stabiliser en 2024. De multiples risques menacent toutefois ces projections, en particulier:
- des perturbations des exportations en provenance de Russie et d’Ukraine,
- de nouvelles augmentations des prix de l’énergie,
- les hausses de l’inflation,
- des taux d’intérêt,
- du coût de la main-d’œuvre et des matériaux utilisés pour produire, stocker et transporter les produits de base,
- des conditions météorologiques défavorables
- et les politiques de restrictions au commerce alimentaire international mises en place par les pays dans le but d’augmenter l’offre nationale et de réduire les prix.
Les organisations internationales se doivent donc d’accroître leurs efforts pour encourager la production d’aliments sains et d’engrais, améliorer les systèmes alimentaires, faciliter le commerce et soutenir l’adoption de pratiques agricoles intelligentes face au climat.
Un besoin de pratiques "climato-intelligentes" ?
La démultiplication des catastrophes naturelles durant l’été 2022 semble avoir fait prendre conscience au monde entier que les chaînes d’approvisionnement pourraient à l’avenir être confrontées à des pénuries de plus en plus fréquentes, à des arrêts brutaux de production, à des retards de livraison et à des prix plus élevés, en particulier pour les produits agroalimentaires.
Parmi les solutions préconisées, on retrouve:
- les pratiques agricoles régénératrices,
- les techniques avancées de sélection des plantes et cultures,
- les nouveaux modèles de culture hors-sol
- ou les outils automatisés et assistés par intelligence artificielle.
Dans tous les cas, le renforcement de la résilience de l’agriculture et des chaînes d’approvisionnement face au changement climatique est plus que jamais jugé urgent, transitions d’envergure à l’appui.
Le terme “climato-intelligence” semble pourtant être jusqu’à présent resté l’apanage de projets pilotes de développement menés en Afrique, continent particulièrement exposé aux questions de résilience agricole pour les “petits producteurs”.
En 2022, le cabinet Deloitte a toutefois publié “Transformer les systèmes alimentaires avec les agriculteurs”, une enquête sur l’agriculture européenne commanditée par le Forum économique mondial. Appelant les chefs d’entreprise, les décideurs, les ONGs, les universitaires et les agriculteurs à se réunir pour mieux inciter l’adoption de pratiques agricoles “climato-intelligentes”, Deloitte pointe que si 20% supplémentaire des agriculteurs européens adoptaient une agriculture dite “intelligente” face au climat d’ici 2030, ils pourraient collectivement augmenter leurs revenus annuels jusqu’à +9,3 Mds€, réduire les émissions de gaz à effet de serre de -6% et améliorer la santé des sols sur plus de +14% des terres agricoles européennes.