Mis à jour le 18/01/2021

Les collectivités sont encore loin de pouvoir chiffrer précisément les impacts de la pandémie sur les finances aux différents échelons.

Les premières estimations n’en donnent pas moins le vertige, y compris en Bretagne, Région qui a pourtant été sensiblement épargnée.

 

Région la plus épargnée de France ?

D’après un bilan préliminaire publié en mai 2020 par l’Insee concernant l’épidémie de Coronavirus et ses impacts sur les Régions françaises, l’activité bretonne aurait chuté de 31 % pendant le confinement, une baisse historiquement élevée mais inférieure à la moyenne nationale (- 36 %).

La Bretagne aurait ainsi mieux résisté au ralentissement économique que d’autres du fait de plusieurs facteurs sectoriels, sans compter qu’elle figure également parmi les Régions les moins lourdement affectées par la mortalité imputée à l’épidémie.

Du fait des décisions sanitaires, la production bretonne s’est fortement contractée en mars, en avril et en mai, avec des impacts négatifs sur l’industrie beaucoup plus brutaux que ceux de la crise financière de 2008. Si l’agroalimentaire, la métallurgie ou le numérique semblent avoir tiré leur épingle du jeu à première vue, le recul d’activité et de la demande n’en a pas moins touché l’ensemble des secteurs industriels, même si tous se sont mobilisés pour réorienter toute ou partie de leur production vers des équipements et solutions destinés à la lutte contre la propagation du virus.

Les carnets de commande sont partout considérés comme dégarnis et l’activité devrait stagner vu la situation internationale incertaine et la prudence des consommateurs.

Si la reprise des entreprises permet d’ores et déjà un regain d’activité dans certains secteurs pour lesquels la levée progressive du confinement est effective depuis mi-mai, les perspectives restent incertaines et préoccupantes face au facteur temps qui conditionne les questions de santé, d’hygiène et de comportements de consommation associées à l’épidémie et de leurs impacts sur les carnets de commande et la trésorerie, et ce malgré les ~ 3 Mds€ d’aides déjà débloquées par l’État pour soutenir 18 514 entreprises bretonnes.

Le commerce extérieur devrait être chamboulé

Bien que contribuant à hauteur de ~ 4,3 % du PIB français (8e rang), la Bretagne ne représenterait ~ 2,3 % du commerce extérieur de la France et ne figure qu’au rang de 12e Région tant en termes d’exportations que d’importations.

La Bretagne a pu compter sur l’agroalimentaire, secteur essentiel et par conséquent moins faiblement affecté par la crise sanitaire (- 5 %), et qui demeure par ailleurs un vrai poids lourd de l’économie bretonne tant aux niveaux régional et national, qu’à l’export.

Pesant de plus en plus lourd dans les exportations régionales, l’automobile, les matériels de transports et la mécanique ont été complètement à l’arrêt et devraient être plus exposés à la conjoncture post-pandémique, entre autres industries cycliques. Et si les services administratifs ont relativement moins pesé sur la baisse d’activité observée pendant le confinement que dans d’autres Régions à en croire l’Insee, la Région s’inquiète d’ores et déjà des ravages à anticiper du côté du tourisme et des activités connexes comme la restauration, l’hôtellerie ou les transports.

Le conseil régional planche sur les aides

En mai, la Région, les 4 départements et les 59 intercommunalités ont lancé aux côtés de la Banque des Territoires Covid Résistance, un fonds doté de 27,5 M€ pour aider les TPE et associations à sortir de l’urgence de la crise.

Outre les fonds de garantie et avances remboursables déjà en vigueur, le président du Conseil régional, L. Chesnais-Girard a par ailleurs proposé début juin que l’État confie aux Régions l’accompagnement des PME et ETI, préconisant la création d’un futur fonds d’investissement régional afin de transformer une partie de l’endettement contracté par les entreprises en fonds propres.

Alimenté par la Banque des Territoires et la Banque européenne d’investissement, un tel fonds pourrait être dédié aux entreprises qui s’engageraient à répondre aux enjeux de développement de la Bretagne, aux enjeux du climat et de la biodiversité, aux enjeux sociaux et aux enjeux des générations futures.

L’objectif serait d’apporter aux entreprises de nouvelles capacités de financement et les accompagnements techniques nécessaires à leur transformation face au contexte totalement inédit que traverse actuellement le monde.

Parmi les secteurs cibles figureraient l’alimentation, la cybersécurité, la santé, l’électronique, la construction navale, l’aéronautique ou encore la pêche.

Pêche et tourisme, des chantiers prioritaires

Sous l’impulsion de l’association Breizh Mer, la filière bretonne de la pêche et des produits de la mer s’est d’ailleurs réunie début juin pour évoquer avec L. Chesnais-Girard la création d’un véritable “pack” à même de soutenir une filière très fortement affectée par la crise et qui va de plus avoir à affronter la concrétisation du Brexit.

Aux côtés de la Région, de l’État et de l’Europe, voire des fonds privés, des chantiers prioritaires seraient menés autour de 3 priorités, à savoir:

  • rétablir la santé financière des entreprises affectées,
  • prioriser la formation et l’information pour attirer les jeunes dans la filière,
  • et favoriser l’investissement.

La création d’un écolabel est également évoquée, de même que la nécessité de mieux valoriser en local les produits de la mer.

Au même titre qu’en Europe et en France, les préoccupations concernant le tourisme ne sont pas en reste au niveau du Conseil régional. Sinistré, le secteur afficherait déjà des pertes estimées à ~ 1 Md€ sur les ~ 7 Mds€ annuels que génère directement et indirectement cette activité.

Les 18 Mds€ d’aides pour le secteur annoncés par le gouvernement français ne suffiraient pas à rassurer les professionnels bretons face au risque d’endettement et à la lourdeur des mesures barrières qui freine une reprise sereine des activités pour les établissements recevant du public.

Alors que le Comité régional du tourisme se mobilise, la collectivité a engagé ~ 1 M€ dans un plan de relance et de communication pour ramener les touristes sur le territoire cet été et durant l’arrière-saison. La Région mise ici sur ses fondamentaux pour attirer les visiteurs en jouant la carte du tourisme durable et de la proximité auprès des touristes bretons, français ou issus des pays limitrophes.

La Bretagne ne pourra toutefois pas compter sur l’attrait que représentent habituellement les festivals estivaux, un atout de poids dont les perspectives à moyen terme sont également très assombries par les annulations justifiées par la situation tandis que les loisirs s’interrogent encore sur leur conjoncture post-pandémique une fois que le confinement sera bien levé dans les diverses activités.

 

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