Mis à jour le 03/08/2020

Olivier Reffo, de la société Rezoway et prestataire agréé de BCI au Canada, nous propose un état des lieux de la situation liée au coronavirus dans son pays.

Quelle est la situation au 3 juillet 2020?

Le nombre total de cas positifs sur le territoire en date du 3 juillet est 104 772 dont 55 593 cas au Québec (+69 aujourd’hui) et 23 953 à Montréal (actifs ou rétablis). Le nombre de décès s’élève à 8690 (5541 au Québec).

Le risque reste donc toujours considéré comme élevé sur le territoire mais commence à se stabiliser.

Quel est l’impact économique ?

Ottawa prolongera d’un mois le programme d’Aide et d’urgence du Canada pour le loyer commercial. Ce programme (AUCLC) d’aide aux petites et moyennes entreprises devait prendre fin en juin. Mais le gouvernement fédéral travaille avec les provinces et les territoires à une prolongation qui assurera un soutien pour le mois de juillet (…)

En entrevue au Journal, le ministre Boulet a déclaré que le versement de 2000$ par mois jusqu’en août est devenu un frein pour la reprise économique, car des travailleurs préféreraient retarder leur retour au travail pour bénéficier de l’aide fédérale.

«Oui, la relance économique est importante, on a vu énormément de compagnies qui donnent la subvention salariale, mais nous sommes encore dans une situation où trop de Canadiens ont encore besoin de la PCU», a répondu le premier ministre Trudeau en conférence de presse ce matin.

«Parce que l’économie est au ralenti, il n’y a pas d’emploi pour eux. Donc, il va falloir que l’on continue de leur donner l’aide nécessaire pour pouvoir faire l’épicerie. C’est ça, la priorité», a-t-il précisé.

– La Prestation canadienne d’urgence du gouvernement Trudeau pénalise des secteurs clés de l’économie du Québec en les saignant de leur main-d’œuvre, se désole le ministre du Travail. «Ça m’apparaît vraiment particulier que des entreprises soient freinées dans leur développement en raison de cette prestation-là», a déploré en entrevue au Journal le ministre québécois du Travail, Jean Boulet. Selon le ministre Jean Boulet, la prestation a beau avoir encore sa place en culture, tourisme ou dans le commerce de détail, elle nuit dans d’autres secteurs.

Le Canada va consacrer 300 millions de dollars à la lutte internationale contre le coronavirus, a indiqué samedi le premier ministre Justin Trudeau en insistant sur la nécessité de mettre au point un vaccin «accessible à tous» (…)

Et dans le cadre de la fermeture des frontières?

L’interdiction d’entrée au Canada est étendue jusqu’à nouvel ordre pour réduire le risque d’exposition à la COVID-19.

Sans s’avancer sur une date, le Premier ministre Trudeau a déclaré hier en conférence de presse : «Les restrictions à la frontière continueront. Nous allons continuer de parler plus tard dans le prochain mois sur les prochaines étapes. »

Ailleurs, la réouverture progressive des frontières a toutefois débuté. Les touristes Canadiens sont les bienvenus dans les pays de l’Union européenne depuis mercredi.

Mais Ottawa recommande toujours d’éviter tout voyage non-essentiel à l’étranger et rappelle à ceux qui voyagent qu’ils doivent toujours s’isoler 14 jours à leur retour au pays.

Focus grandes entreprises

ANNONCE DE PRÊTS D’URGENCE POUR LES GRANDES ENTREPRISES (CANADA)

Les plus grandes entreprises du pays pourront dès maintenant s’adresser au gouvernement fédéral pour obtenir des prêts en vertu du programme de Crédit d’urgence pour les grands employeurs (CUGE), a annoncé mercredi le ministre canadien des Finances.

Le CUGE sera administré par la Corporation de développement des investissements du Canada (CDEV), en collaboration avec les ministères des Finances et de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie (…)

Focus secteur agroalimentaire :

Le gouvernement Trudeau débloque 252 millions $ pour soutenir le secteur de l’agroalimentaire durement touché par la crise de la COVID-19, mais des intervenants du milieu accueillent cette aide comme une goutte d’eau dans l’océan.

La Fédération canadienne de l’agriculture demandait plutôt qu’Ottawa mette sur pied un fonds d’urgence de 2,6 milliards $ et n’a pas hésité à exprimer sa déception face à une annonce qu’elle juge largement insuffisante.

«Après le système de santé, il n’y a rien de plus important pour le Canada, durant une pandémie, que la sécurité alimentaire domestique», a déclaré la présidente de l’organisation, Mary Robinson.

Pour le premier ministre Trudeau, l’aide annoncée mardi ne constitue qu’«un premier investissement».

Il a assuré que son gouvernement continuera de travailler avec les producteurs pour répondre à leurs besoins. De l’enveloppe de 252 millions $, 77 millions $ seront consacrés à la protection des employés par la mise en place de protocoles sanitaires et l’approvisionnement en masques, visières et autres types d’équipement.

Afin de soulager les éleveurs de porcs et de bétail, Ottawa lancera par ailleurs un programme de 125 millions $ pour les aider à éponger leurs dépenses accrues en raison de la COVID-19.

«Les fermes et les porcheries élèvent plus d’animaux que notre système peut transformer en produits de consommation comme du steak et du bacon à cause de la COVID-19. Donc on doit garder des animaux sur la ferme plus longtemps que prévu – et ça coûte cher», a souligné M. Trudeau.

Ottawa promet en outre de mettre sur pied un programme de rachat des aliments excédentaires. Cinquante millions $ seront initialement injectés dans cette initiative qui vise à permettre la redistribution de denrées invendues.

Focus secteur manufacturier :

Le secteur manufacturier représente 1.7 million d’emplois et génère plus de deux tiers des exportations du pays.  La fermeture prolongée des entreprises jusqu’au 4 mai aura inévitablement un profond impact sur l’ensemble secteur, qui représente 89 % des exportations et sur les entreprises qui dépendent des marchés d’exportation.

Mais comme elles détiennent beaucoup d’atouts qui peuvent être utiles durant cette période inédite que nous traversons, un « Plan canadien de mobilisation du secteur industriel » a été mis en place. Il permettra à des compagnies manufacturières et à des fabricants au Canada de produire rapidement l’équipement médical nécessaire pour face à l’afflux de cas touchés par la COVID-19 au pays.

Grâce à ce plan, les entreprises qui fabriquent déjà des masques, des respirateurs et du désinfectant pour les mains vont pouvoir augmenter considérablement leur capacité de production. Un soutien est également prévu pour les entreprises qui doivent acheter de l’équipement pour permettre à leurs usines de fabriquer les articles en demande.

Focus secteur touristique

Selon Statistique Canada, 22 millions de voyageurs ont visité le pays, l’an dernier. Le secteur a généré près des dépenses touristiques de 104,9 milliards de dollars.

Toujours en 2019, Montréal a accueilli 11 millions de touristes, dont plus de 3 millions d’entre eux venaient de l’extérieur du Canada. Les recettes se sont élevées à 4,85 milliards de dollars, selon Tourisme Montréal.

Toutes les entreprises du secteur du tourisme sont touchées : commerces, restaurants, guides touristiques. Mais le péril guette plus particulièrement les hôtels.

« Ça a été le premier secteur en crise et je pense que ça sera peut-être le dernier qui pourra remonter » affirme le président de Tourisme Montréal. Et c’est sans surprise que les acteurs de l’industrie ont encaissé l’annonce de l’annulation de tous les grands évènements culturels de la province jusqu’au 31 août.

Cette nouvelle va avoir un impact économique énorme sur la ville de Montréal notamment. Le tourisme représente plus de 57 000 emplois directs et indirects dans la métropole. Impossible pour l’instant de chiffrer les pertes d’emplois ou les pertes encaissées par les entreprises.

Heureusement, l’intervention rapide des gouvernements permet de soutenir temporairement employés et commerces.

Et pour le reste de 2020, la stratégie de relance de l’industrie compte concentrer ses efforts à attirer les Canadiens eux-mêmes d’un océan à l’autre.

Focus secteur pharmaceutique

En plus d’une charge de travail élevée, des hôpitaux du Québec s’inquiètent de la pénurie de plusieurs médicaments. Cet enjeu majeur oblige les professionnels de la santé à trouver rapidement des alternatives pour certains patients hospitalisés.

«On a dû faire revenir de plus vieux médicaments qu’on n’utilisait plus, explique Caroline Leblanc, pharmacienne à l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé de Laval. »

Plusieurs médicaments sont en grave pénurie mondiale. Le manque de médicaments concerne surtout les sédatifs, les analgésiques et les bloqueurs neuromusculaires.

Ce manque de personnel et cette cadence de travail très élevée n’est pas ressentie seulement par le personnel soignant mais aussi dans les laboratoires.

L’exemple du laboratoire de biologie moléculaire du CHUM illustre bien la situation. En moyenne, le laboratoire réalise de 600 à 800 tests par jour. Lors des journées les plus occupées, son équipe peut effectuer jusqu’à 2200 tests.

«Le COVID-19 représente 80% de notre charge de travail, ça veut dire qu’on a abandonné 80 % de nos tests présentement», explique Mme Moreau, coordinatrice technique, qui garde un œil sur le travail qui devra être fait après cette crise majeure. Ajouté à ça, on apprend que mardi dernier, deux avions qui devaient livrer du matériel médical atterrissent vides de Chine. Ce qui démontre bien l’ampleur mondiale de la pénurie, non pas que de médicament mais de tous matériel médical en général.

«Ça nous rajoute un stress, résume Caroline Leblanc, qui reste malgré tout optimiste. On est quand même anxieux, mais on sent qu’ensemble, on peut y arriver.»

Focus secteur de la construction :

Le Québec a beau être confronté à un taux de chômage historique, le secteur de la construction a renoué avec la pénurie de main-d’oeuvre, et la situation est même pire qu’avant la pandémie pour certains.

« La pénurie, c’est surtout pour les plâtriers. En ce moment, pour répondre à la demande, j’aurais besoin d’environ 15 gars de plus », a confié Pascal Desrosiers, propriétaire de Construction DP Express, qui emploie d’ordinaire une vingtaine d’employés, tous métiers confondus.

À l’instar de plusieurs de ses compétiteurs dans la grande région de Montréal, l’entrepreneur de Terrebonne a de la difficulté à recruter depuis grosso modo deux ans : principalement à cause du nombre de départs à la retraite, plus élevé que le nombre d’arrivées de nouveaux travailleurs. À cette réalité s’ajoute maintenant la Prestation canadienne d’urgence (PCU), qui découragerait plusieurs journaliers de retourner sur les chantiers.

Certains préfèrent continuer de toucher la prestation de 2000 dollars tout en faisant quelques petits boulots en dessous de la table, a observé M. Desrosiers. Comme en Ontario, les chantiers n’auraient jamais dû être complètement suspendus, a insisté Pascal Desrosiers, qui est aujourd’hui complètement débordé, comme il doit rattraper le retard accumulé pendant les semaines d’arrêt.

Pour régler le problème de pénurie de main-d’oeuvre, il plaide donc pour des solutions à long terme, à commencer par l’amélioration de la formation pour qu’il vaille la peine d’embaucher des jeunes.

Entre-temps, il interpelle la Commission de la construction du Québec (CCQ) pour qu’il soit plus facile d’aller chercher des travailleurs d’autres régions, moins touchées par la pénurie. C’est sur ce point que les syndicats et la partie patronale sont en désaccord (…)

 

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